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Le Parricide, de Bathie Ngoye Thiam

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Le Parricide, de Bathie Ngoye Thiam

Message par louiss le Lun 10 Avr - 12:27

celui là je l'ai presque fini, faudrait que je finisse un livre avant d'en commencer un autre, bref c'est livre à lire, le même auteur a aussi écrit des nouvelles sénégalaises, c'est très bien écrit et super intéressant ....



Par Emmanuelle Moysan
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E. Moysan
publié le 30/03/2006


Dans son premier roman le Parricide, Bathie Ngoye Thiam brouille les pistes de la parole à travers le témoignage d’un jeune adolescent arrivant essoufflé dans la maison du narrateur auquel il va se confier.


« Nous sommes au début des années 70, un adolescent vient taper à ma porte, tard dans la nuit pour me dire : J’ai tué quelqu’un – Il s’assoit par terre, dans le salon et me raconte son histoire. Je mets un magnétophone en marche pour enregistrer sa confession ».
Construction atypique : les narrations vont s’enchevêtrer emprisonnant le lecteur dans une mise en abyme ; il y a là le narrateur qui enregistre les révélations du jeune homme, l’histoire que nous conte le jeune Sakéwhar à travers ses souvenirs d’enfance auprès de Maam Marème (la grand-mère de tous qui l’a élevé), ses chansons, ses contes et enfin les histoires qui hantent l’esprit du jeune homme. La frontière entre réalité et fabulation s’avère dès lors difficile à définir.
Le roman entraîne le lecteur dans un double mouvement ; l’ascension du jeune Sakewhar rythmée par la description très précise de l’enfance africaine en brousse à Kouré, à quelques kilomètres de Diourbel - univers « idéal » « rêvé » dans lequel il grandit - ponctuée par les rites initiatiques, les jeux au marigot, l’initiation à la chasse, à la lutte, au rythme des saisons, avec la découverte de l’école et enfin de la ville. C’est le parcours « classique », lumineusement décrit, du jeune africain (on peut penser à l’Enfant noir de Camara Laye) dans son avidité de connaître.
A une première phase « euphorique » fait suite une phase descendante avec une cassure dans son itinéraire :, la révolte, la quête identitaire jusqu’au retour à l’état originel.
Cette cassure est provoquée par la découverte de la faiblesse du chef de famille, celle du père humilié. La sanction inévitable, en adéquation avec la tradition, n’est-ce pas le parricide ?
Dès lors le monde colonial tel une obsession s’insinue dans toutes les visions du jeune homme, les femmes qui se décolorent la peau, l’attitude de certains noirs « indignes » parce qu’ayant le cœur et l’esprit d’un Blanc. C’est la revendication identitaire le souci de devenir un authentique Africain.
« Je résolus à partir de ce moment de redevenir un authentique Africain, fier et digne »
Par là même, le narrateur met en lumière l’inadaptation entre tradition et modernité (la folie est la révélation, le symptôme de ce décalage).
Le récit de l’adolescent est une confession modifiée par la prise de conscience dans son absolu de questions existentielles. La réalité devient autre. Quelle est elle ? De quelle authenticité parle-t-on ?
La seule réalité qui semble subsister est incarnée par le personnage emblématique de Maam Marème à laquelle toute la première partie est consacrée Al’instar du jeune Sakéwhar, nous demeurons bercés par les chansons, les contes des djinns de Maam Marème qui se déploient dans une phrase toute en murmures. Elle incarne en quelque sorte le guide spirituel et renvoie à des temps immémoriaux.
« A Diourbel, dans certains endroits, on parle encore de Maam Marème, la femme qui avait retroussé son pagne pour bâtir sa maison. On en parle comme d’une reine à qui il n’avait manqué qu’une noblesse acquise de naissance. Il y a dans le bas peuple, des héros dont les exploits ne sont pas chantés par les griots, mais qui restent, à jamais, gravés dans les mémoires. »
Un roman envoûtant.


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